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Last Train, habités, au festival Décibulles 2026

Last Train, habités
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 Quel chemin parcouru, des bancs du collège où ils se sont rencontrés, au groupe de rock le plus programmé des grands festivals français et européens, d’un petit village du Sundgau à la première partie de groupes tels que Linkin Park ou Muse. Sur scène, Last Train dépasse la simple exécution technique et offre une expérience sans compromis, un lâcher prise total qui marque durablement les esprits. Jean-Noël, Tim, Antoine et Julien ne jouent pas leurs morceaux, ils les habitent et semblent portés par l’urgence de s’exprimer avec une sincérité absolue qui rassemble et bouleverse. Chaque titre résonne comme la bande-son de moments de vie, d’instants d’ivresse, d’amours fragiles, de virées estivales, de nuits blanches, d’êtres cabossés… transformant les lives en espaces-temps d’émotion pure et viscérale. Rares sont ceux qui parviennent à créer à ce point un pont avec leur public, Last Train insuffle une énergie brute contagieuse, qui fédère et met tout le monde d’accord.  Nous les avons rencontrés lors de leur venue au Festival Décibulles. 

Vous avez intitulé votre dernier album III, c’est brut, incisif. Après, votre album OMPS qu’on peut qualifier de très produit, était-ce une volonté de votre part de revenir à quelque chose de plus incisif  ? 
Antoine : C’est exactement ça. OMPS était très orchestral, très écrit, un travail de studio avec des morceaux très épiques, des envolées de violons. Avec III, le but était de revenir à ce qu’on faisait avant, c’est-à-dire composer de la musique à quatre dans un local de répète afin d’avoir cette énergie pensée pour le live, à travers des morceaux assez renfermés en tension.

Last Train a cette spécificité de composer des titres qui dépassent souvent cinq minutes pour atteindre jusqu’à une vingtaine de minutes. Vous laissez progresser la musique comme on déroule une histoire, à bien des égards vous avez une approche très cinématographique de la musique.
Jean-Noël : Ce sont des ambiances musicales qui nous parlent. On a toujours été touchés par une musique d’espace, une musique qui laisse place à une certaine imagination, qui permet de se projeter et d’accompagner des moments de vie. Et quand il a fallu composer nos propres morceaux, c’est, on va dire, naturellement, dans ces ambiances-là qu’on s’est plongés, parce que ce sont celles qui nous plaisent en premier lieu.

Après avoir composé Original Motion Picture Soundtrack, « la bande-son d’un film qui n’existe pas » en collaboration avec l’Orchestre Symphonique de Mulhouse, seriez-vous tenté de composer la bande-son d’un film qui existe ?  
Jean-Noël : Oui, bien sûr. Sans dire que c’était un appel du pied,(rires) mais le cinéma est quelque chose qui nous plaît beaucoup et donc forcément écrire pour le cinéma nous botterait.

 

Y a t-il un film qui existe déjà et duquel vous auriez aimé composer la bande-son ?
Tim : Lost in Translation nous avait beaucoup marqués à l’époque. 
Jean-Noël : Je dirais le film Her.
Antoine : Ouais, c’est un peu un film dans le même genre, mais Past Lives aussi, qui est un A24, c’est super. 
Julien :  Moi je dirais, The Tree of Life de Terrence Malick. Que des films heureux quoi. 

Avec quel réalisateur rêveriez-vous de collaborer ?
Tim, Antoine, Jean-Noël : Avec Julien Peultier. 
Julien : Oh les gars, wow! Ok, ça me touche énormément, merci. 

Tu réalises pas mal de clips et de documentaires, ce serait un projet potentiel de réaliser un film ?
Julien : Oui, tout à fait, j’aimerais arrêter de faire des clips et peut-être moins de documentaires pour me consacrer à la fiction. Je dis ça, mais je viens d’avoir une proposition de clip il y a cinq minutes que je vais sans doute accepter, donc je vais encore retarder l’échéance (rires). Mais oui l’idée serait de se lancer vraiment en fiction, je pense, rapidement et on verra bien si j’ai envie que ce soit Last Train qui en compose la bande originale. Huuuum… Oui, ce sera Last Train (rires).

Votre pochette d’album m’évoque une aquarelle, on dirait que le visage se dilue, un peu à l’image du cri d’Edvard Munch. Pourquoi ce choix que l’on pourrait qualifier d’esthétiquement dérangeant ? 
Jean-Noël : L’histoire de la pochette est chouette. On était en shooting photo à Paris pour tenter une nouvelle direction artistique avec des stylistes, des photographes de studios, des gens avec qui on n’avait pas l’habitude de bosser… Au final, ce shooting n’a pas abouti à grand chose de concret, mais  pendant une pause, il y a eu cette idée de mettre ma tête contre une plaque de Plexi. Je crois que ça nous a tous marqués. Je trouve que c’est ça aussi une bonne pochette, sentir qu’il se passe immédiatement quelque chose quand tu la regardes. Ça participe au plaisir de découvrir des artistes, des vinyles. Assez vite s’est inscrit cette idée qu’on pourrait l’utiliser pour cet album. D’autant que ça vient un peu corroborer ce que disait Antoine tout à l’heure, c’était simple, c’était direct, c’était parlant, c’était un peu sauvage et donc ça allait bien dans la DA de l’album.

Toute forme d’art étant source d’inspiration, avez-vous un livre de chevet, un disque qui vous a accompagné pendant l’écriture de cet album ?
Jean-Noël : L’inspiration et les influences ça va, ça vient. C’est compliqué d’en cibler une. Surtout que cet album, on l’a écrit presque en parallèle de l’album orchestral, donc on était dans des états d’esprit un peu différents.  Je crois qu’une des plus grandes sources de motivation sur III, ça a été la scène.
Tim : Oui, tout à fait, et j’ai même envie d’ajouter que quand on est en période de composition et en studio, on n’écoute pas énormément de musique. Déjà parce que je pense qu’on n’a pas envie de trop s’inspirer et on a déjà la tête tellement pleine, que ce qu’on écoute c’est plutôt ce qu’on est en train de faire. Donc il n’y a pas vraiment de livre de chevet, car la création d’un album est une petite parenthèse un peu weird où tu es vraiment focus sur ce que tu fais.

Considérez-vous le choix de l’indépendance, comme nécessaire pour rester fidèles à votre identité ?
Julien :
En premier lieu, le choix de l’indépendance a plutôt été une nécessité parce qu’on vient d’un patelin du Sundgau et on a commencé très jeunes, évidemment on n’avait aucun contact dans le milieu de la musique, aucun manager, aucun label, rien. Donc il a fallu faire les choses par nous-mêmes, se serrer les coups, trouver des concerts, trouver de la promo, savoir comment est-ce qu’on fait un album, ça nous a beaucoup soudés. Dans un premier temps ça a été vraiment ça. Quant à aujourd’hui, c’est effectivement avant tout la volonté d’être indépendants, d’être au centre de toutes les décisions, de savoir exactement ce qu’on a envie de faire et de pouvoir le faire. Évidemment, ça ne veut pas dire de travailler seuls. Forts de 15 ans de connaissances dans ce milieu-là maintenant, on a pu au fil des années choisir des partenaires avec qui on s’entend très bien. On est indépendants, tout en ayant la chance de travailler avec des gens qu’on a choisis avec qui on est très très heureux de collaborer, mais on reste les seuls maîtres à bord et au centre de toutes les décisions.

Si vous deviez donner un titre à ce que vous vous vivez actuellement lequel serait-il ?
Jean-Noël :
La Best Life.
Julien :  The Good Life c’est un album de K.Maro. (rires)
Tim : Pour contextualiser c’est vrai qu’on fait des concerts dans tous les sens depuis plus de 15 ans  et là on profite vraiment de cette tournée qu’on est en train de vivre cette année parce que non pas qu’on est arrivé au point qu’on souhaitait mais en tout cas on est arrivé à un point qui est quand même super confort et puis on joue dans des festivals de ouf avec des accueils de ouf. On a un public qui est adorable, une équipe technique qui est incroyable. On mesure chaque jour la chance qu’on a d’être là aujourd’hui. D’où la good life.

Comment arrive-t-on à gérer les conflits, les désaccords, quand on est 4 amis de longue date et qu’on construit ensemble quelque chose de cette envergure ? L’un d’entre vous gère les situations de crise ? 
Jean-Noël : Non, parce qu’en fait c’est un groupe, un collectif et je pense qu’au contraire on a tous notre responsabilité par rapport au fait de maintenir un climat qui est sain, safe, bienveillant et respectueux. Ce sont des efforts du quotidien mais comme dans n’importe quelle relation il s’agit justement de se respecter les uns les autres et j’ai l’impression qu’en grandissant ça va de mieux en mieux. On pourrait croire qu’une aventure sur le long terme est compliquée à mener mais j’ai l’impression qu’en grandissant au contraire on a de plus en plus d’outils, on est de plus en plus armés et de plus en plus justement à l’écoute de ce respect mutuel qui fait que ça abonde dans le sens de la good life.

J’ai vu que vous aviez créé votre propre festival il y a quelques années, la Messe de Minuit ?
Tim : Oui tout à fait, c’était un projet qu’on a monté en 2018-2019 à Lyon. C’était trop cool, on est alsaciens mais  lyonnais d’adoption depuis une petite dizaine d’années. On a monté ce festival dans différentes salles à Lyon et c’était trop chouette de pouvoir inviter les artistes qu’on aime. Il faut admettre qu’ensuite faire ça en étant en tournée était compliqué donc on a privilégié le développement de Last Train mais qui sait un jour peut-être on reviendra à ce festival. C’était une très belle édition en tous cas. 

Et si aujourd’hui, on vous permettait d’organiser le festival de vos rêves, avec les artistes morts ou vivants de votre choix, quelle en serait la programmation ?
Julien : Aïe aïe aïe, morts ou vivants ? C’est n’importe quoi ! (rires), trop dur, c’est trop vaste. 
Tim :  Déjà moi je ferais ça ici à Décibulles,  je suis un gros lèche cul, j’ai abusé. Mais tu vois cet été on a eu la chance de faire tous types de festivals, des gros festivals, des festivals français ou étrangers, et  autant c’est un plaisir de jouer dans des festivals qui sont immenses avec des têtes d’affiches incroyables mais je me rends compte que les festivals plus petits comme Décibulles, ce sont ceux dans lesquels j’adorerais aller en tant que festivalier parce que ce n’est pas l’usine. C’est juste agréable et donc du coup pour ça le site et la jauge sont déjà très bien, après je laisse à mes collègues le choix des artistes morts ou vivants. 
Julien : Morts ou vivants c’est le bordel.  Je mets les Beatles, Ben PLG, WU LYF, Oasis, Olivia Rodrigo pour Jean No. 
Tim : Gracie Abrams pour moi, s’il te plaît.
Antoine : Je vais m’occuper de la scène club parce que c’est toujours des grandes stars . Dans ma scène club, on va mettre  DITTER, MARTA qui était là hier aussi, on va mettre Maddy Street qui joue ici ce soir. Qu’est ce que j’ai vu de bien ces derniers temps … On va mettre Lambrini Girls. 
Tim : Je vais faire une scène avec Raye et Olivia Dean. 
Antoine : Trop bien une scène un peu soul comme ça. Si on a le droit de ressusciter les morts alors on va mettre Amy Winehouse aussi. 
Tim : Ouais très stylé, mais je ne te raconte pas le rider mon pote. 
Antoine : Après on s’en fout on a stock infini.
Tim : Budget illimité aussi ?
Antoine : Bah ouais apparemment, déjà si on fait venir les Beatles je pense ça coûte 50 millions !

Et le lieu ? 
Tim : Ça va être galère avec tout ce monde. 
Antoine : Logistiquement déjà, c’est la merde.
Tim : Il n’ y a pas d’espace de dégagement sur la grande scène avec les Beatles et Amy Winehouse, on est dead.
Antoine : J’aime bien ici dans les Vosges, ça me va bien en Alsace.
Julien : Il paraît que Rihanna voulait acheter une maison à Épinal, tu vois elle n’était pas loin.

Un lieu vous inspire-t-il particulièrement pour composer ?
Julien : Jean-No qui compose le plus de nous quatre disait que ça pouvait venir n’importe où, n’importe quand. Je me souviens qu’à une époque quand on travaillait en fast-food lui et moi, il disait qu’il composait en cuisant des burgers au Quick donc j’ai l’impression que ça peut venir un peu n’importe où. Là, je sais que de temps en temps, il va dans une maison dans les Vosges. Nous on aime beaucoup se retrouver tous les 4 soit dans notre local de répète à Lyon soit on loue parfois pour des petites  résidences de 2-3 jours à Tarare dans le studio l’Hacienda. Je crois que tous les lieux sont bons à partir du moment où on se sent à peu près bien dans sa tête et on sent que c’est un bon moment pour le faire. 

Vous avez tous votre rôle prédéfini, chacun jouant d’un instrument différent, à côté de ça est-ce que vous avez aussi des rôles bien particuliers à un autre niveau dans le groupe ? 
Julien : Je réalise les documentaires, Jean-No fait les papiers,  il adore les papiers et Tim s’occupe de toutes les créa graphiques, de tout le merch aussi. On essaie chacun à notre façon de tenir des rôles, de se rendre utiles à notre petite communauté, à notre microcosme qu’est Last Train. L’idée c’est qu’on mette tous la main à la pâte en fonction des besoins, en fonction du moment où on en est dans notre carrière mais on essaie de faire ça de façon assez équitable, ça l’est pas toujours mais voilà on bosse. 

Vous vous êtes rencontrés au collège, aujourd’hui qui diriez-vous aux ados que vous avez été ?
Tim : Tu as un truc à dire toi au petit Antoine qui est au fond de toi ?
Antoine : « Ne stresse pas trop »
Julien : « Sois gentil avec toi-même, ça va être cool, la vie est belle »
Tim : « Sois gentil, bienveillant  avec les autres. Non pas qu’on ait été des ordures c’est pas ça ce qu’on est en train de dire (rires) mais voilà  c’est toujours bien de se le rappeler et qu’il est important de ne pas être trop dur avec soi-même.

Vous avez récemment fait l’ouverture du concert de Linkin Park à Lyon, c’était comment ?
Tim : C’était assez incroyable, comme je disais on est Lyonnais d’adoption donc ça nous faisait  jouer au Groupama Stadium qui est la plus grande salle de concerts possible à Lyon et jouer avant un artiste qu’on a écouté étant ado c’était un truc de ouf aussi, on est trop heureux.
Antoine :  On a eu de la chance, ça s’est bien goupillé avec le public, on a assez bien réussi à embarquer les gens. Le concert ne date que d’il y a un mois et on croise beaucoup de gens sur certaines dates qui nous ont rencontrés là-bas et qui nous font de supers retours. C’était un bon moment pour nous tou, ça  s’est vraiment bien passé. 

Un petit mot pour le public de Décibulles ?
Antoine : Hydratez-vous, merci d’être là et  j’espère que vous kiffez bien le festival. Profitez-en, c’est une chance d’avoir des festivals à taille humaine comme ça, qui ne coûtent pas forcément méga cher mais qui permettent de se faire plein de souvenirs.

Interview réalisée le samedi 11 juillet 2026 par Emma Schneider à l’occasion du Festival les Décibulles

Crédit photos : Candice Imbert

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