Blog / Zélie, Reine de Coeur

Zélie, Reine de Coeur

Mado-Magazine
Zélie, Reine de Coeur
Articles / Zélie, Reine de Coeur
Avec son deuxième album, intitulé « Le cœur et sa dictature » et sorti le 27 février dernier, Zélie s’impose et défend farouchement la liberté d’être qui l’on veut. C’est le cœur qui décide et ce qu’il décide fait loi. À commencer par l’indépendance puisque pour la construction de ce nouvel opus, Zélie a lancé aux côtés de sa manageuse, sa propre structure, LABEL & LA Z. On y retrouve des titres intimes qui explorent sans filtres le rapport à l’autre et à soi-même. Avec un Olympia d’ores et déjà complet et trois dates au Trianon à venir, Zélie fait son entrée dans la cour des Grands et y mérite amplement sa place.

Avec ce second album, tu fais le choix de l’indépendance, ce choix t’offre-t-il une totale liberté ?

Zélie : Une totale liberté artistique, oui. En label, j’étais assez autonome, on me laissait faire beaucoup de choses, mais je n’avais pas la main mise sur les décisions à prendre et les choix finaux. Aujourd’hui, c’est moi qui ait le dernier mot. Si j’ai quelque chose sur le cœur et que je suis sûre de moi, on finit par le faire et c’est assez agréable. J’ai monté mon label avec ma manageuse, quelqu’un en qui j’ai 100% confiance. Et c’est aussi ça la liberté que je ressens dans mon travail, pouvoir bosser uniquement avec des personnes en qui j’ai une confiance aveugle.

Avant de composer et de chanter, tu as eu un parcours de danseuse. Est-ce que c’est une discipline qui garde une place centrale dans ta vie ?

C’est pour moi une force que j’aime beaucoup mettre en avant et qui fait vraiment partie de mon identité. Longtemps, j’ai eu des périodes où j’ai manqué de confiance en moi dans la musique, en me disant que je n’ai pas encore le truc, que je ne me différencie pas des autres. Mais dans la danse, grâce au fait de bien connaître mon corps, de connaître mes mouvements, de me sentir à 100% moi-même quand je le fais et de me sentir très alignée, je me suis toujours dit que quoiqu’il arrive je le ferais à ma sauce.
Donc, oui, je lui donne une place très importante. Avant les concerts, je m’échauffe la voix, autant que je m’échauffe le corps. Sur scène, on a environ 40% du show qui est dansé. Mais ce n’est plus tant la même discipline, parce que je faisais de la danse contemporaine avant et là, c’est une danse plus hip-hop, plus « clipesque », qui vient vraiment accompagner mes chansons, qui sont très pop. J’emprunte quand même quelques mouvements à la danse contemporaine.

Dans tes textes, le thème du rapport que l’on entretient à son corps est récurrent. Pourquoi selon toi ce complexe affecte encore et toujours les femmes ? Comment se libérer de ces diktats esthétiques ?

Il faut que les filles grandissent avec des modèles variés et non pas cette utopie qu’on leur rentre dans la tête. Réaliser que le corps parfait n’existe pas et que ce n’est pas quelque chose qui les définit, que leur physique n’est pas la chose la plus importante en soi. Tout le monde est complexé par son physique, tout le monde fait attention à ça, mais je pense que nous les femmes on a l’impression qu’on va devoir beaucoup jouer dessus toute notre vie, que ça va être un atout et que si on n’a pas cet atout, on est complètement démunies. J’ai commencé à me sentir vachement mieux dès lors que j’ai pris conscience que mes qualités étaient multiples et que ce n’était pas grâce à mon physique que je pouvais accomplir certaines choses, que je recevais de la reconnaissance, que je pouvais m’aimer sans forcément m’aimer physiquement tout le temps.
Je pense que c’est important de remettre l’église au milieu du village pour ne pas définir les femmes par leur corps, ne pas les objectifier, ne pas les réduire à ça et leur expliquer qu’elles ont tout autant les capacités que les hommes d’accomplir de grandes choses..

Tu parles également beaucoup de ta famille, ton frère, tes parents, le divorce. Dévoiler cette intimité c’est quelque chose qui a été discuté avec eux auparavant, qui a été bien reçu ?

Ils se sont peut-être pris une claque un peu au départ, mais ça va faire cinq ans que je sors de la musique, je pense qu’ils se sont habitués au fait que j’allais en dévoiler beaucoup de notre famille, de notre intimité. On ne parle pas avant des sujets que je vais aborder, mais ils ne les découvrent pas non plus à la sortie de l’album parce qu’on est quand même très proches, donc dès que je vais chez ma mère ou chez mon père je leur fais écouter mes nouvelles chansons. Mais c’est une zone un peu floue, ça leur a fait bizarre.

C’est quelque chose d’assez émouvant je trouve, de dévoiler ses ressentis à ses proches à travers des chansons, ça a dû créer certaines discussions.

Écrire cet album m’a fait comprendre que tel ou tel sujet était plus important pour moi que je ne le pensais, des choses se déliaient en moi et c’est une période pendant laquelle on communiquait de plus en plus. Je pense que ça leur a fait du bien aussi de connaître mon point de vue là où je ne m’explique pas forcément toujours très clairement. Je n’ose pas trop prendre la place dans ma famille de celle qui se plaint, je le mentionne dans le titre la Petite Dernière et je pense que ça leur fait du bien d’entendre des chansons qui certes évoquent des sujets difficiles pour eux mais qui sont quand même emplies d’amour et d’espoir sur le fait que notre famille reste unie.

Tu dirais que l’écriture a quelque chose de thérapeutique pour toi ?

Avant je disais que c’était thérapeutique et maintenant que je fais une vraie thérapie, je réalise que ce n’est pas du tout pareil. La musique est une thérapie temporaire on va dire. Elle fait sortir des choses de soi, là où effectivement beaucoup de gens n’ont même pas cette chance de pouvoir se défouler quelque part. Donc oui ça m’aidait, mais je pense que pour guérir de quelque chose,

Une étude récente du Centre National de la Musique démontre que les femmes sont encore largement sous-représentées dans l’industrie musicale. Est-ce que tu le ressens ?

Oui je le ressens. Mais ce n’est pas ce qui me pèse le plus dans ma vie professionnelle. Pour l’instant, j’ai eu beaucoup de chance dans mon parcours, dans les opportunités qu’on me propose et dans la façon dont je suis mise en avant par mes partenaires même lors de mon expérience en label avant. Mais oui je pense qu’on le sait toutes, on le sent toutes. Il suffit de regarder les playlists, les affiches sur les festivals, les artistes les plus streamés en France.

Tes visuels d’album, tes clips sont soigneusement travaillés. Qui les imaginent ? Y participes-tu ?

Sur ce deuxième album, j’y ai largement participé parce que j’avais ce nouveau souffle d’indépendance qui m’a donné envie de m’investir dans tout pour être sûre et certaine de n’être déçue sur aucun point vis-à-vis de la sortie de cet album. Mais évidemment ça s’est fait avec beaucoup de monde, on s’est dirigés vers des personnes qu’on a trouvées hyper compétentes. Pour les deux clips on a bossé avec une réalisatrice anglaise qui s’appelle Leanda Heler. Elle a un univers très sombre qui ressemble un peu à un cauchemar, à l’image de ce que je voulais. C’était incroyable de bosser, ne serait-ce qu’avec une artiste qui n’est pas française et qui a d’autres influences, d’autres manières de fonctionner. Il y avait une grosse équipe, je n’avais jamais fait de clips aussi produits. Quand j’écoute mes morceaux, il y a des idées qui me viennent, je crée des moodboards sur Canva, je traîne un peu sur Pinterest, je vois plein d’images qui me parlent. J’essaye d’écrire un univers et après quand on le transmet, quand ça plaît à la réalisatrice, elle écrit le clip derrière avec cette espèce de mood que je lui ai donné. Pour la pochette, je savais que je voulais un gros plan dérangeant. Ensuite, tout se dessine, c’est un mix de plusieurs personnes, de plusieurs univers c’est assez fou car les pochettes et les clips ne sont jamais comme on se les imaginent initialement, c’est-à-dire quand on imagine quelque chose dans notre tête, on est persuadés qu’on va réussir à le faire et au final ça ne le fait pas, mais il y a autre chose qui nous plaît plus et ça finit par être ça. Le parcours est marrant aussi.

Tu me parlais de la pochette que tu voulais dérangeante, on peut également parler du visuel récurrent et en gros plan de ton sourire aux lèvres et aux dents rouges sang.

Les lèvres et les dents rouges, c’est une idée de Justine ma manageuse qui était tombée sur une image sur Pinterest. J’ai mis du temps à accepter que je n’allais pas forcément être à mon avantage sur la pochette. Puis, j’ai fini par l’accepter, quand j’ai vu que ça plaisait ne serait-ce qu’à mes amis. Je me suis dit que c’était finalement mieux de ne pas avoir cette pression de la beauté sur une pochette, parce qu’une fois que c’est accepté, la question n’est plus de savoir si tu te trouves beau ou moche. Ce n’est plus le sujet.

L’Olympia à venir, c’est un peu une consécration ?

C’est la salle rêvée. Une salle que je ne pensais même pas forcément faire aussi tôt dans ma vie. Et en plus, c’est complet. Mais je pense tellement à la tournée qui arrive avant que c’est encore très flou. L’Olympia, je le vois comme le plus beau jour de ma vie. Je vais essayer de faire un spectacle vraiment à la hauteur de mon public. Au stade où j’en suis, c’est déjà énorme de faire des salles comme ça, ce sont des moments rares. C’est très particulier de réaliser qu’on aura qu’une heure trente pour profiter de ce moment, et du coup d’avoir trois dates au Trianon qui suivent quatre mois après, me soulage énormément. Je vais vraiment profiter de mon public parisien, je vais les voir plusieurs fois dans un court laps de temps, donc c’est cool.

Interview réalisée le dimanche 16 mai 2026 par Emma Schneider à l’occasion du Pelpass Festival

Crédit photos : Loana Duron et Charlotte Steppé

Related Posts

Zélie, Reine de Coeur
Avec son deuxième album, intitulé « Le cœur et sa dictature » et sorti le 27 février dernier, Zélie s'impose et défend farouchement la
Previous
Next
Share this post
Mado-Magazine

Vous aimerez surement :

Zélie, Reine de Coeur
Avec son deuxième album, intitulé « Le cœur et sa dictature » et sorti le 27 février dernier, Zélie s'impose et défend farouchement la
Previous
Next
Subscribe