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Selah Sue and The Gallands, d’ombre et de lumière

Selah Sue & The Gallands, d'ombre et de lumière
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De la rencontre entre Selah Sue et The Gallands naît un album qui saisit nos émotions les plus profondes et nous donne envie de voir le beau. Dans une harmonie proche de la communion, Movin’ est une ode à l’espoir d’autant plus puissante qu’elle est portée par la voix de Selah Sue pour qui la santé mentale et les profondeurs qu’elle a pu tutoyer n’a jamais été un tabou et ce depuis ses premiers albums. Des titres apaisés, apaisants, mêlant la voix soulful si caractéristique à la chanteuse belge et l’univers musical des Gallands, duo formé par le légendaire batteur de jazz Stéphane Galland et son fils Elvin, lui-même claviériste, producteur, directeur musical et compositeur. Des grooves organiques, bruts et virtuoses, un jazz contemporain hybride tissé de multiples influences, et ces paroles qui nous murmurent à l’oreille que rien n’est jamais figé.

Pouvez-vous décrire ce nouvel album en 5 mots ?

Selah Sue : Le premier mot serait « Movin’ », c’est également le nom de l’album. Stéphane, Elvin et moi sommes trois identités en mouvement les unes avec les autres qui se sont mutuellement nourries pour créer cette œuvre. La musique elle-même est en mouvement. Cet album est émouvant parce qu’il est beau de voir comment nous venons tous d’univers différents pour construire une unité artistique.

Le deuxième mot serait spirituel. C’est la première fois que je chante et parle autant de spiritualité. Ces dernières années, j’ai vécu des expériences très profondes, notamment avec l’ayahuasca, qui m’ont donné le sentiment de percevoir une force supérieure. Je ne suis pas particulièrement religieuse, mais je suis spirituelle, et cela se ressent dans cet album.

Je dirais aussi que cet album est très rythmique. Habituellement, je commence par une mélodie ou des accords, mais cette fois les chansons sont nées des rythmes et des grooves de batterie de Stéphane Galland. Son jeu est incroyablement original et a véritablement guidé la création de l’album.

Nous venons tous d’univers différents : Elvin est plus proche de la pop et de la house, moi de la soul et du hip-hop, et Stéphane du jazz. Malgré cela, ma voix reste toujours très soul et émotionnelle. Je décrirais donc également cet album comme un album qui a une âme.

Un autre mot important serait liberté. Pour la première fois, je n’ai pas ressenti le besoin de plaire à qui que ce soit. J’ai enregistré toutes les voix chez moi, seule, sans personne pour me dire ce que je devais changer. J’ai simplement fait ce que j’avais envie de faire. Cette liberté s’entend vraiment sur le disque.

Selah Sue and the Gallands - Candice Imbert 3
Crédit photo : Candice Imbert

Soul, jazz, hip-hop, électro, vous êtes une artiste multiple qui croise les influences.

Selah Sue : Je n’aime pas être enfermée dans une case. Je ne me considère ni comme une chanteuse pop, ni jazz, ni soul. Je me vois avant tout comme une musicienne. J’utilise ma voix comme un instrument, pour expérimenter les rythmes, les sons et les textures.

Comme vos trois premiers albums, celui-ci traite ouvertement de la santé mentale, pensez-vous que c’est encore un sujet tabou en France ?

Selah Sue : La santé mentale a toujours été un sujet important pour moi. La toute première phrase que j’ai écrite à 16 ans était : « Je ne me sens pas très bien ces derniers temps. » Je me suis toujours intéressée à mon état intérieur, cela n’a jamais été un tabou pour moi. Je pense que nous devons encore apprendre à être honnêtes lorsque nous traversons des moments difficiles. Il est plus facile de dire après coup : « J’ai traversé une période compliquée, mais maintenant ça va mieux », que d’avouer sur le moment que l’on souffre.

C.G Jung écrivait : « La clarté ne naît pas de ce que l’on imagine de clair, mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. »

Selah Sue : Cet album parle beaucoup d’ombre et de lumière. Au début de son écriture, il y avait davantage d’obscurité, mais au fil du temps mon état d’esprit est devenu plus léger. On peut presque entendre cette évolution au fil des morceaux.

En quoi vous sentez-vous complémentaire avec les Gallands, qui a apporté quoi à cet album ?

Selah Sue : Elvin apporte une vision globale très forte du projet. Il sait voir ce dont un album a besoin. Stéphane, lui, apporte une forme de génie spontané, une créativité pure et libre. Quant à moi, je me situe un peu entre les deux. Ce qui fonctionne si bien entre nous, c’est le respect mutuel : chacun apporte sa contribution sans imposer sa vision aux autres.

Selah Sue and the Gallands - Candice Imbert
Crédit photo : Candice Imbert

Après 3 albums en solo, comment appréhende-t-on le fait de construire à plusieurs ?

Selah Sue : J’adore travailler en groupe. Cela enlève une partie de la pression que je ressentais en tant qu’artiste solo. Je me sens soutenue et rassurée lorsque je travaille avec eux.

Si vous deviez donner un titre à ce que vous vivez actuellement ?

Selah Sue : Si je devais résumer ma philosophie actuelle en un mot, ce serait encore « Movin’ ». Tout est toujours en mouvement. Les bons moments passent, les mauvais aussi. Rien ne reste identique. Cela apporte à la fois du réconfort et de l’espoir. Il suffit de suivre le courant et d’avancer à travers les hauts et les bas.

Vous serez ce soir sur la scène du Wolfi Jazz. Si vous pouviez organiser votre propre festival, où aurait-il lieu et quelle en serait la programmation ?

Selah Sue : Mon festival idéal se déroulerait près de la mer, avec une température parfaite, ni trop chaude ni trop froide. J’y programmerais du jazz spirituel, du hip-hop, de la drum and bass et toutes les musiques qui me touchent, qu’elles soient électroniques ou classiques.

Aujourd’hui, que diriez-vous à l’adolescente que vous avez été ?

Selah Sue : Si je pouvais parler à la personne que j’étais plus jeune, je lui dirais de garder espoir. Lorsque l’on traverse une dépression ou une période difficile, on a souvent l’impression que cela durera toujours. Aujourd’hui, à 37 ans, je suis heureuse. Je lui dirais donc : « Tiens bon. Traverse la douleur. Les choses finiront par s’améliorer. »

Selah Sue & The Gallands : Movin’, paru le 20 mars 2026

Interview réalisée par Emma Schneider le 20 juin 2026 dans le cadre du Wolfi Jazz.
Crédit photos : Candice Imbert

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