Lyre le temps – New Orleans Club, immersion dans l’univers des brass bands
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Avec leur nouvel album New Orleans Club, Lyre le Temps a traversé l’Atlantique jusqu’au berceau du jazz. Mais derrière les cuivres, les brass bands et les nuits de La Nouvelle-Orléans, le groupe a surtout découvert ce qu’il n’était pas venu chercher : des rencontres, de l’improvisation et une autre manière de faire de la musique. Ludo est parti seul à La Nouvelle-Orléans, mais l’aventure s’est construite à quatre. Depuis la France, Quentin, Marco et Sam ont participé à la création de l’album, échangeant sur les morceaux, les musiciens rencontrés et les idées qui prenaient forme au fil du voyage. Sur place, le chanteur a poussé les portes des clubs, écouté les musiciens sur scène ou dans la rue, puis provoqué les échanges, avec l’envie de faire entrer leur univers dans celui de Lyre le Temps. De Glenn David Andrews à l’Original Pinettes Brass Band, New Orleans Club est ainsi devenu une histoire de croisements, prolongée par le documentaire New Orleans Club – To Join You in a Second Line. Avant leur passage à La Laiterie le 16 octobre prochain, les quatre membres de Lyre le Temps racontent à Mado les coulisses d’un album construit comme une rencontre entre deux mondes.

Quand Ludo a eu l’idée de partir à La Nouvelle-Orléans pour aller à la rencontre de nouveaux musiciens, cela impliquait aussi de mettre temporairement la scène et les tournées entre parenthèses. Comment avez-vous accueilli cette idée ?

Quentin : Très positivement. D’autant que l’idée de partir à La Nouvelle-Orléans existait déjà depuis plusieurs années. À l’origine, nous devions même partir tous ensemble. Puis le Covid a changé les choses, notamment avec l’argent perdu dans l’annulation des billets d’avion. À un moment, il a fallu faire un choix. On a finalement choisi assez spontanément de le laisser partir seul, en se disant qu’on pourrait ensuite construire la suite ensemble. On avait déjà beaucoup travaillé sur les morceaux avant son départ et on échangeait tous les deux ou trois jours, donc on est restés connectés.

Marco : Il y avait surtout une vraie confiance. Ludo a toujours été un super leader, il a toujours eu beaucoup d’idées — parfois assez folles — et il nous a déjà emmenés dans des directions auxquelles nous n’aurions pas forcément pensé. On savait qu’il saurait faire de cette aventure quelque chose qui nous ressemble.

Dans le documentaire, tu parles de ce voyage comme de l’un des plus gros risques que tu aies pris pour le groupe. Qu’est-ce qui te faisait le plus peur ?

Ludo : J’avais la liberté de partir, mais aussi la responsabilité de revenir avec quelque chose. Je savais que je pouvais me retrouver face à des musiciens qui se demanderaient : « Mais c’est qui, ce mec ? Qu’est-ce qu’il vient faire ici ? »

Tu n’es pas resté spectateur de cette ville : tu es allé chercher les musiciens directement dans les rues, les clubs, les concerts. Comment est-ce qu’on aborde un musicien qu’on vient d’entendre jouer à La Nouvelle-Orléans pour lui dire : « Bonjour, je voudrais faire un morceau avec vous » ? 

Ludo : J’allais voir les concerts en entier. Je pouvais rester dans la rue pendant une heure ou une heure et demie, ou payer mon entrée dans un club et regarder le concert jusqu’au bout. Donc, avant même de leur parler, les artistes m’avaient identifié dans le public. Ils avaient vu que j’étais réceptif, que leur musique me plaisait. La discussion commençait souvent par : « Pourquoi tu es là ? » Et là, je leur expliquais ce que je faisais, je leur montrais des vidéos, je leur faisais écouter notre musique. Pour Glenn David Andrews, par exemple, je suis entré dans le club et je suis resté pendant deux heures quarante-cinq. À la fin, je suis allé le voir et il m’a dit : « Toi, tu fais de la musique, ça se voit. Tu fais quoi ? » Je lui ai montré ce qu’on faisait et il n’avait jamais entendu ça. C’est comme ça que les choses ont commencé.

Amener votre électroswing dans le berceau du jazz, ça provoquait quel genre de réactions ? Comment présentais-tu Lyre le Temps ?

Ludo : Au départ, les musiciens étaient forcément surpris. Même en France, ce n’est pas une musique populaire de prime abord : mélanger du jazz avec du rock, du hip-hop et de la pop, ce n’est pas quelque chose que tout le monde connaît.  Je leur expliquais la démarche, je leur montrais des morceaux, des clips et surtout des vidéos de nos concerts. Le live était souvent la meilleure carte de visite : ils voyaient que c’était une musique énergique, que les gens dansaient et qu’il y avait une vraie dimension scénique. Et puis certains regardaient aussi nos chiffres, nos millions de vues sur YouTube ou nos abonnés sur Spotify. Pour les managers américains, ça comptait aussi. Ils voulaient savoir que leur artiste allait être écouté et que le projet serait réellement exploité.

Dans le documentaire, on voit que tu donnes beaucoup de liberté aux musiciens avec lesquels tu travailles : tu leur fais écouter le morceau au casque, sans forcément leur donner de consignes très précises, et tu les laisses improviser. C’était une volonté de votre part de chercher à capter ce qu’ils pouvaient apporter spontanément à votre musique, plutôt que de leur demander de rentrer dans quelque chose que vous aviez déjà imaginé ?

Quentin : Oui, complètement. C’était même au cœur de la démarche. On avait notre direction artistique, notre musique, nos morceaux, mais l’idée était justement de leur donner suffisamment d’espace pour qu’ils puissent y apporter leur propre personnalité.

Sam : Dans le procédé, Ludo leur laissait le champ libre total. En studio, certains découvraient même le morceau directement dans leur casque. Sur la première prise, ils n’avaient parfois pas la partition sous les yeux : ils découvraient la musique et improvisaient en même temps. 

Ludo : Mais c’était trop fun de faire ça. Ils sont vraiment très forts : ils improvisent énormément et jouent tout le temps, des concerts de ce style, avec des arrangements différents. Ils ont cette expérience et cette spontanéité propres à la musique de La Nouvelle-Orléans. Les prendre sur le vif, c’était surtout chercher à faire ressortir leur personnalité. Tu es dans une forme d’urgence : « Voilà ce que tu entends, maintenant joue. » Je voulais capter ce qu’ils allaient faire sans leur laisser le temps de trop réfléchir ou de tout calculer. Et quand tu travailles avec des musiciens qui ont cette maîtrise technique et cette expérience, il se produit forcément des choses que tu n’avais pas prévues. Et c’est justement dans ces accidents-là qu’il y a quelque chose de passionnant.

Il y a eu un moment où tu t’es dit : « Là, il vient de faire basculer le morceau ailleurs que ce que j’avais imaginé » ?

Ludo : Tout le temps ! Et même eux étaient parfois surpris. C’est justement ce qui était intéressant. Il y avait notre musique, notre direction artistique, mais derrière, il fallait inventer. Certains ont fait des choses qu’on n’aurait jamais pu écrire en amont, ni nous, ni même eux. C’est cette surprise qui crée une transmission authentique. Tu ne sais pas exactement ce qui va sortir et, parfois, tu te retrouves avec quelque chose que tu n’aurais jamais imaginé.

Vous avez chacun votre propre rapport au rythme et au son. Est-ce que ce projet, nourri par les musiciens et la culture musicale de La Nouvelle-Orléans, a fait évoluer quelque chose dans votre manière de jouer, individuellement ?

Quentin : Pour moi qui suis DJ et qui fait du scratch c’était assez compliqué, parce que nous les DJ on fait toujours des choses assez simples et répétitives, et eux ils vont commencer une mélodie, de mon point de vue, un peu n’importe où (rires), je n’ai pas mes repères habituels, c’est compliqué pour moi de les suivre.  C’était déconcertant, ça m’a forcé à m’améliorer, à progresser. 

Sam : Il y a là-bas une manière de faire circuler le rythme qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Ce n’est ni vraiment binaire, ni ternaire : on parle de « trinaire ». Pour nous, Européens, c’est hyper difficile à reproduire. Ils ont apporté cette façon très authentique de faire vivre le rythme. Et ce qui est beau, c’est justement de devoir jouer avec ça, de le confronter à notre propre manière de faire de la musique et de juxtaposer ces deux univers différents.

Marco : C’est un vrai voyage musical, pas seulement pour les auditeurs, mais pour nous aussi en tant que musiciens. C’est une manière de partager une culture, de rentrer dans leur univers et de découvrir leur façon d’aborder la musique. Avec Sam, on avait étudié le jazz au Conservatoire, mais c’était un jazz assez conventionnel. Là, c’est complètement différent : c’est une musique populaire, profondément ancrée dans leur quotidien, avec une manière de sonner qui est assez incroyable. Ce qui est particulièrement identifiable, ce sont les parties de cuivres et la rythmique. Ils jouent cette musique très jeunes, parfois déjà au lycée, puis dans les orchestres des universités. Elle accompagne leur vie et fait partie de leur identité. À travers cet album, on essaie justement de comprendre cette culture, de s’en rapprocher et d’en faire quelque chose à notre manière.

Pendant ce temps, vous trois, comment avez-vous vécu le fait de voir une partie de votre futur album se construire à distance ?

Sam, Marco, Quentin : On était hyper curieux de voir comment le voyage se passait. Mais comme on avait régulièrement des nouvelles, on n’était pas complètement à l’écart non plus. On échangeait beaucoup, parfois tous les jours. Quand Ludo est revenu, il avait des centaines d’heures d’enregistrements et énormément de pistes. Il a fallu faire un énorme travail de tri. Il nous envoyait ensuite des versions, on les écoutait ensemble, on faisait des retours, il y avait des allers-retours et des mixages. On a aussi eu notre mot à dire dans les choix. Certaines parties nous plaisaient davantage que d’autres, ou on se disait qu’une prise fonctionnait mieux qu’une autre. L’album s’est donc vraiment construit à plusieurs.

Vous reprenez « When I Get Low, I Get High », un titre d’Ella Fitzgerald datant de 1936. Pourquoi avoir choisi de faire entrer ce morceau dans votre univers ?

Lyre le Temps : C’était important pour nous de respecter les traditions. Ella Fitzgerald représente une partie importante de cette histoire du jazz, et c’est une chanteuse qu’on aime particulièrement pour cette manière de mélanger jazz et soul. Le titre était aussi intéressant parce qu’il est connu. Ça permettait de présenter notre démarche aux musiciens de La Nouvelle-Orléans avec quelque chose qu’ils pouvaient identifier, tout en montrant ce qu’on pouvait faire : prendre un morceau ancien et lui donner une nouvelle direction artistique, dans notre univers.

Avec Glenn David Andrews, vous avez aussi rencontré une personnalité profondément liée à La Nouvelle-Orléans. Qu’est-ce qu’il vous a apporté que vous n’auriez pas pu trouver ailleurs ?

Marco : Il est né avec le trombone.

Ludo : Glenn, c’est vraiment quelqu’un de l’intérieur. Il est né dans cette culture, dans cette tradition musicale. Sa famille est liée à cette histoire depuis plusieurs générations. Là-bas, si tu es un musicien professionnel, tu as plus d’aura qu’un politicien. Et au-delà de la musique, c’est devenu un vrai copain. Au départ, il pouvait sembler assez distant, mais finalement, le morceau s’est très bien passé. Il a écouté notre musique, il est venu en studio et la collaboration s’est faite très naturellement. Pour le clip, il m’a même dit que si j’avais besoin de quelque chose, je pouvais venir chez lui quand je voulais. Il y avait une vraie confiance qui s’était installée.

Sur « Second Line », vous collaborez avec les Original Pinettes Brass Band, le seul brass band entièrement féminin de La Nouvelle-Orléans. Comment cette rencontre s’est-elle faite, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec elles ?

Ludo : Quand je suis arrivé en studio, j’ai tout de suite été marqué par leur énergie. Elles ont une vraie puissance et surtout une manière très naturelle de porter cette musique. Elles sont complètement dans leur élément. Mais l’idée n’était surtout pas de leur demander simplement de venir jouer quelques parties de cuivres sur un morceau déjà terminé. On voulait vraiment construire quelque chose avec elles. On a d’ailleurs passé beaucoup de temps à discuter avant même les quatre heures de studio, pour que chacun puisse être représenté dans sa culture, dans ce qu’il est, mais aussi dans le texte, la musique, la répartition des parties et la direction artistique du morceau. Notre démarche n’était pas de venir prendre quelque chose à La Nouvelle-Orléans. On voulait créer quelque chose ensemble.

Les Pinettes ont dû, au fil de leur histoire, se faire une place dans un univers de brass bands longtemps très masculin. Est-ce que vous avez retrouvé quelque chose de cette histoire dans leur manière de jouer, leur énergie ou leur façon d’aborder la musique ?

Ludo : Oui. Déjà, de manière générale, j’avais constaté qu’il y avait beaucoup plus d’hommes que de femmes parmi les cuivres, que ce soit dans les concerts ou dans la rue. Leur présence apportait donc aussi quelque chose de particulier à l’album. Les Pinettes m’avaient surtout marqué par leur énergie et leur façon d’être complètement elles-mêmes dans cette musique. C’est aussi pour ça que la collaboration avait du sens : on ne voulait pas effacer ce qui faisait leur identité pour les faire entrer dans notre univers. Au contraire, on voulait que leur manière de jouer et leur culture soient pleinement présentes dans le morceau. Elles ont aussi représenté la culture de La Nouvelle-Orléans dans des événements très importants, notamment autour du Super Bowl qui s’est tenu dans la ville l’an dernier. Elles portent donc quelque chose de très fort de cette culture musicale.

« Second Line », c’est aussi bien plus qu’un titre : c’est une tradition profondément ancrée dans la culture de La Nouvelle-Orléans. Qu’est-ce que vous avez découvert de cette tradition en travaillant sur ce morceau ?

Ludo : La Second Line, c’est vraiment l’idée du collectif. Des musiciens défilent dans la rue et le public se joint à eux. Il n’y a pas forcément de séparation entre ceux qui jouent et ceux qui regardent : tu peux arriver avec un trombone, une bouteille, un harmonica, n’importe quel instrument, jouer avec les autres, puis repartir. C’est quelque chose de très présent dans la ville, dans les écoles, les universités, mais aussi dans les cérémonies et les enterrements. Même dans ces moments-là, la musique permet de faire sortir les émotions et de les partager. Et c’est probablement l’une des choses que j’aurais le plus envie de ramener de La Nouvelle-Orléans : cette capacité à se retrouver simplement pour partager un moment, avec une énergie très positive, sans se demander ce que les gens ont fait avant ou qui ils sont. Tu choisis juste les personnes avec qui tu as envie de passer ton dimanche, tu prends ton instrument et tu vas jouer dans la rue.

À La Nouvelle-Orléans, vous n’avez finalement pas seulement cherché des musiciens : vous avez cherché des rencontres. Est-ce que l’album aurait été le même si toutes les collaborations avaient été préparées avant le départ ?

Ludo : Complètement différent. Je pense qu’il y aurait eu beaucoup moins de surprises. Ce sont des pirates. J’avais préparé énormément de choses avant de partir, mais une fois sur place, peut-être 20 % seulement de ce que j’avais prévu s’est réellement passé comme prévu. Il y avait tout le temps de nouvelles rencontres, de nouvelles possibilités, des choses qui se débloquaient au dernier moment. Il y a même eu des musiciens avec lesquels ça n’a pas fonctionné, des collaborations qui ont été annulées ou qui n’ont finalement pas pu être exploitées. Et à l’inverse, il y a eu des rencontres complètement improbables : quelqu’un qui te dit qu’il connaît quelqu’un, qui trouve quelqu’un d’autre et, trente minutes plus tard, tu as un musicien avec un soubassophone gigantesque devant toi. C’est lunaire. Donc oui, l’album est vraiment né de cette ouverture.

 

L’album a donné naissance à un documentaire. À quel moment vous vous êtes dit que cette histoire méritait aussi d’être racontée en images ?

Ludo : À la base, ce n’est même pas moi qui ai eu l’idée. C’est Yorim Becker, un pote vidéaste qui m’a dit qu’il fallait documenter tout ça. On investissait beaucoup dans la musique, dans les voyages, dans les studios, et ce serait dommage qu’il n’en reste aucune trace. Mais ce qui m’intéressait surtout, c’était d’avoir un autre regard que le mien sur cette aventure. Moi, j’étais complètement dans mon rêve de gosse, à discuter avec des musiciens, à faire des sessions… J’étais forcément très impliqué. Le vidéaste, lui, vivait tout ça avec moi mais avec un autre regard. Il s’est intégré aux sessions, il a filmé le travail, les rencontres, les moments qui n’étaient pas forcément visibles dans les appels que je faisais au groupe. Et même moi, en voyant le documentaire, j’ai découvert certaines choses sur mon propre voyage.

Et pour vous trois qui étiez restés à distance, est-ce que le documentaire vous a permis de découvrir une autre facette de cette aventure ?

Les autres membres de Lyre le Temps : Oui, clairement. On avait les récits de Ludo, on se parlait très régulièrement, mais le documentaire est venu compléter toutes les pièces manquantes. On a découvert les endroits où il avait travaillé, les studios, les chambres des musiciens, les rencontres… C’est tout ce qu’on ne pouvait pas voir pendant les visios. Donc oui, ça nous a permis de voyager un peu avec lui après coup.

Pour les clips de New Orleans Club, vous auriez pu recréer cette ambiance ailleurs. Pourquoi avoir absolument voulu filmer sur place ?

Ludo : On voulait surtout que les images viennent réellement de là-bas. On aurait pu recréer une Nouvelle-Orléans ici, mais ça n’aurait pas eu le même sens. On a donc décidé de tourner directement sur place. Patricia Moscardo s’est occupée du repérage des lieux et Brice Hincker du tournage et du montage. On a réalisé trois clips en sept jours, notamment avec les Pinettes et Glenn. L’idée était vraiment de conserver l’authenticité du lieu. Les images de La Nouvelle-Orléans devaient venir de La Nouvelle-Orléans.

Vous avez enregistré avec des musiciens de La Nouvelle-Orléans. Aujourd’hui, trois cuivres ont rejoint Lyre le Temps sur scène. Pourquoi était-ce important de faire vivre cette rencontre aussi en concert ?

Lyre le Temps : C’était capital. Depuis plusieurs albums, il y a des cuivres dans notre musique, et cette fois, aller chercher cette couleur directement à La Nouvelle-Orléans avait forcément du sens. Il fallait donc pouvoir la faire vivre sur scène. On a aujourd’hui trois cuivres avec nous : Hippolite, que Ludo a rencontré à La Nouvelle-Orléans, ainsi que Noé et François. Hippolite avait justement cette capacité à faire le lien entre la musique de là-bas et notre univers européen, puisqu’il connaissait déjà notre musique. Et sur scène, ça change beaucoup de choses. Il y a plus de son, plus d’énergie, mais aussi des parties solistes qu’il faut partager. Ils réinterprètent également certains morceaux plus anciens qu’on joue depuis des années. Ça crée une nouvelle énergie et, finalement, de nouveaux « accidents » musicaux.

Tu rêvais de La Nouvelle-Orléans. Est-ce que la réalité a été à la hauteur du fantasme ?

Ludo : Je n’ai vraiment eu aucune déception. J’étais tellement engagé dans le projet et j’avais tellement envie que ça fonctionne que la réalité a même dépassé le rêve. Je suis d’abord parti une première fois en avril pour faire un repérage, notamment autour des studios, qui étaient un peu la pierre angulaire de l’opération. Je suis resté sept jours et je suis rentré avec des heures d’enregistrements pour vérifier que tout fonctionnait. Puis, lors du deuxième voyage, il y a eu des moments complètement dingues. Par exemple, il y avait un guitariste que je suivais sur Instagram depuis huit ou neuf ans. Huit heures seulement après avoir atterri, je me suis retrouvé face à lui, à discuter de la possibilité qu’il vienne en studio. Moi, j’espérais simplement pouvoir le rencontrer dans la semaine ! Là, le mythe était déjà validé. Le mythe a été respecté musicalement, humainement, dans la tolérance, on est quand même dans un état qui est très dans le sud et très raciste, la Louisiane c’est difficile, et la Nouvelle-Orléans c’est une bulle, c’est un ilot, extraordinaire de tolérance. Loin des clichés des États du Sud des États-Unis. 

 

Quand tu es parti, tu savais ce que tu venais chercher. Mais qu’est-ce que La Nouvelle-Orléans t’a finalement donné que tu n’avais pas prévu ?

Ludo : Je partais pour faire de la musique et rencontrer des musiciens. Mais finalement, ce qui m’a le plus marqué, ce sont les rencontres humaines et cette capacité qu’ont les gens à créer quelque chose ensemble, très spontanément. La Nouvelle-Orléans, c’est un endroit où tu peux rencontrer quelqu’un qui connaît quelqu’un, qui connaît quelqu’un d’autre, et trente minutes plus tard, tu te retrouves avec un musicien que tu n’avais absolument pas prévu de rencontrer. Au départ, j’avais préparé énormément de choses : des horaires, des rendez-vous, un planning très précis. Mais là-bas, rien ne se passe vraiment comme prévu. J’ai très vite compris qu’il fallait accepter ça.

Interview réalisée par Emma Schneider le 5 octobre 2026. Lyre le Temps sera en concert à la Laiterie à Strasbourg le 16 octobre prochain.
Crédit photos : Grégory Massat

Lien vers la billetterie : https://billetterie.seetickets.fr/lyre-le-temps-la-laiterie-grande-salle-strasbourg-16-octobre-2026-css5-artefact-pg101-ri11627011.html

 

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